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La haute couture a récemment battu les moquettes des catwalks parisiens offrant une vision d’exception de la mode. Segment de niche s’il en est, la haute couture a été un fleuron de la création avant de tomber en désuétude, balayé par la financiarisation du luxe. Conséquence, les membres de la chambre syndicale de la haute couture se réduisent comme une peau de chagrin, il ne reste plus que Dior et Chanel pour y croire encore, et… Schiaparelli ! La dernière apparition de cette maison date de 1954, elle renaît aujourd’hui sous la patte de Marco Zanini avec les liquidités d’investisseurs audacieux. Ces trois ancêtres sont suivis par des « jeunes » créateurs qui défilent vaille que vaille chaque saison : Jean Paul Gaultier, Alexis Mabille, Stéphane Roland, Franck Sorbier, Maison Martin Margiela, etc… Des griffes italiennes comme Valentino, Armani et Versace, viennent aussi grossir ces rangs éparpillés, ainsi que des nouveaux entrants — Alexandre Vauthier, Julien Fournié, On Aura Tout Vu, Viktor&Rolf, Elie Saab, etc. — invités à montrer leurs prouesses créatives dans le cadre du calendrier officiel. Toutes ces Maisons ont droit à l’utilisation du label reconnu et protégé « Haute Couture », ce qui n’empêche pas de nombreux satellites de venir virevolter autour de l’astre très attirant : les défilés off pullulent et étonnent, en effet, comment peut-on encore investir dans un artisanat aussi fragile, aussi peu commercial et aussi peu rentable ?

Pour la beauté du geste évidemment, mais aussi parce qu’une jeune génération de « start-up » se sent plus proche de la faste couture que de la fast fashion, elle tente de perpétuer une mode d’exception et voudrait incarner les marques de luxe de demain. Pour autant, quand dans les années 50, des dizaines de couturiers se disputaient la faveur de plusieurs centaines (milliers ?) de clientes fortunées, il en est autrement aujourd’hui où les femmes riches, sans doute plus nombreuses qu’hier, attendent une garde-robe socialement plus fonctionnelle qu’un prêt-à-porter efficace leur apporte.

Quoi qu’en disent leurs promoteurs, la haute couture n’est plus un laboratoire de la création, mais le conservatoire de savoir-faire qui s’effilochent. Héritiers d’une longue tradition, les artisans (plumassiers, fleuristes, brodeurs…) se comptent sur les doigts de la main et sauvegardent non sans mal un formidable patrimoine qui, sans les derniers mohicans de la haute couture et la jeune garde courageuse, aurait disparu.

La haute couture est la vitrine de ce musée vivant qui ne tient qu’à un fil dans un pays qui perd ses tours de main manufacturiers et industriels à la vitesse de la globalisation. La haute couture ne sera-t-elle pas bientôt l’illusion d’une France qui, à force de cultiver son exception, s’isole d’un monde qui regarde l’avenir en croyant au futur ?...


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Image : Défilé Elie Saab

Tag(s) : #Idées

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