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De la « démode » au burkini

Sonia Rykiel est partie, et avec elle, s’est envolée une certaine vision de la mode et de la féminité, pour ne pas dire du féminisme. Elle est entrée dans le cénacle des créateurs en 1968 avec la volonté de rester libre et indépendante, de vivre de plain-pied avec son époque, avec l’envie d’offrir aux femmes une garde-robe qui n’entrave pas leurs mouvements, leur souveraineté sexuelle, leur engagement de s’affranchir des règles sociales souvent écrites par les hommes. Sur la plan stylistique, Sonia Rykiel n’était pas une révolutionnaire mais une évolutionnaire : jouant avec sa grammaire (la maille, les rayures, la couleur, le noir, les mots…), elle a développé des ribambelles de silhouettes modernes dont chaque centimètre carré de tissu est imprégné de l’air de la Rive Gauche, quartier artiste et bohème, libertaire et intellectuel où elle était installée. Sonia Rykiel a toujours eu un vrai point de vue sur ses contemporains, elle revendiquait une philosophie de la « démode », loin des effets de manches de certains de ses confrères : « Je défendais une nouvelle manière d’être pour les femmes, plus libre, plus active, plus séduisante aussi… C’était l’esprit de Saint-Germain-des-Prés des années 70, a-t-elle expliqué au journal Le Monde. C’était tout un bouillonnement d’idées, on pouvait inventer, on pouvait y aller… »

La disparition de Sonia Rykiel résonne étrangement avec l’incroyable et bien inutile polémique autour du burkini qui place la France au centre de la honte mondiale (encore une fois). Une controverse qui met en scène une clique de politicrates de droite comme de gauche populistes et lepénisés qui profitent de la faiblesse d’un gouvernement sans autorité pour alimenter la haine de l’autre, jeter la suspicion sur une communauté ; gouvernement bien incapable de défendre les valeurs de tolérance de notre pays.

Cette clique opportuniste et ignare, qui répond à la démagogie ambiante, fait fi des lois cultuelles et de la sensibilité culturelle de ces femmes pour qui un burkini n’est pas un vêtement politique, mais simplement un vêtement pudique et plus encore le témoin de leur émancipation sociale. C’est dans ce sens que la styliste australienne d'origine libanaise, Aheda Zanetti, a créé et commercialisé ce maillot de bain en 2007, pour « faire en sorte que les femmes musulmanes puissent profiter des joies de la plage et pratiquer les sports aquatiques tout en respectant leurs pratiques religieuses ». Le burkini n'est pas une entrave, il est un support de la liberté. D'ailleurs partout dans le monde, il est porté et toléré sans problème, sauf en France, patrie des droits de l’homme qui dégringole bien bas.

Pourtant, être une femme comme une autre à la plage n’impose pas de porter un string seins nus ou un minuscule deux-pièces. Telle a été la conclusion des sages du Conseil d’Etat qui ont condamnées les arrêtés municipaux des maires zélés et populistes interdisant le port du burkini. Les sages constatent que ce type d’arrêté « porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de manifester ses convictions religieuses, à la liberté de se vêtir dans l’espace public et à la liberté d’aller et venir. » Sonia Rykiel l’indépendante aurait sans doute apprécié…

Images : © Sonia Rykiel

Tag(s) : #People

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