Vendredi 18 décembre 2009
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Nous vivons dans un beau pays. Invariablement, à l'approche des fêtes de Noël, nous subissons le chantage de corporations qui réclament des primes et des
augmentations et pour les obtenir font un chantage au blocage du pays. Routiers, convoyeurs de fonds, dabistes... menacent de gâcher la fête et en appellent évidemment à l'Etat pour régler leurs
problèmes.
A cela s'ajoute, nos chers, très chers fonctionnaires : musées, RATP, SNCF... poussés par des syndicats réactionnaires et irresponsables, enchaînent les grèves pour exiger de leurs ministères de
tutelle ou de leurs entreprises publiques, encore plus, toujours plus.
Ce rituel de Noël (lassant, très lassant..) tombe cette année avec un rapport de la Cour des Comptes link qui épingle évidemment l'attitude démentielle de nos gouvernants qui font gonfler de manière continue
le nombre de fonctionnaires.
Entre 1980 (date d'arrivée des socialistes qui raffolent de la fonction publique) et 2008, les effectifs ont augmenté de 36%, soit 5 267 935 d'agents qui représentent 20% de l'emploi total dans
notre pays pour un budget de 300 milliards d'euros qui croît joyeusement chaque année. Nous sommes évidemment champion du monde dans ce domaine avec la productivité la plus médiocre, ce
qui oblige de nombreuses institutions publiques et autres ministères à faire appel à des opérateurs privés pour assurer le non-travail des fonctionnaires pour un coût moyen de 30 milliards d'euros
par an.
Le gouvernement tente de réduire le nombre de fonctionnaires, mais il manque de courage et de volonté : 34 000 agents non remplacés en 2010 est loin d'être suffisant face à des finances publiques
qui explosent. La Cour des Comptes rappelle que le coût d'un fonctionnaire tout au long de sa vie coûte en moyenne 3,5 millions d'euros, ce qui va faire une "économie" de 119 millions d'euros.
Par Le captologue
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Mercredi 2 décembre 2009
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Le tribunal de commerce de Paris a rendu son verdict : aucun repreneur n'a apporté de garanties financières suffisantes à leur offre de reprise, la maison Lacroix
n'est plus, exit la haute couture, reste une société aux périmètres réduits qui va gérer les quelques licences qui fleurissent à la peine.
Depuis 1987, Christian Lacroix, porté aux nues par l'enthousiasme général et
un talent à faire défiler une bel imaginaire de mode, n'a jamais réussi à faire décoller son entreprise. La faute lui en incombe, Christian Lacroix n'a pas de vision marketing, il n'a pas su/pas
voulu faire de sa maison une marque rayonnante, préférant préserver son statut de couturier, métier merveilleux sans doute, mais démodé.
La haute couture a été longtemps une locomotive qui tirait les wagons de l'extension de marque, or, à l'ère des trains à grande vitesse, cette mode d'exception reste en gare, soutenue par une
poignée de passionnés ou d'habiles financiers qui savent faire fructifier l'imaginaire de la saison et le déployer sur une foule de produits attractifs.
La fin de la maison Lacroix n'est pas un accident industriel, c'est la disparition d'un artisan convaincu que sa seule patte suffit à tenir un modèle économique intenable. La question à se poser
maintenant que le couturier n'est plus, la signature Christian Lacroix peut-elle devenir enfin une marque ? Peut-être, pas sûr... Sa notoriété ne suffit déjà pas à stimuler des ventes, il faudra
beaucoup de temps et de moyens pour transformer cette chrysalide essoufflée en papillon flamboyant.
(Dessin : C.Lacroix/D.R.)
Par Le captologue
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Samedi 14 novembre 2009
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Lu le livre de Jörg Zipprick, "Les dessous peu appétissant de la cuisine moléculaire", paru chez Favre. Une fois refermées les
224 pages, un certain malaise chagrine notre estomac, mais surtout, un doute nous assaille quant à la polémique.
Le journaliste allemand qui a commis cette enquête démontre que cette "gastronomie" de la manipulation chimique portée par l'aura de chefs comme Ferran Adrià ou Heston Blumenthal, serait avant
tout une vaste manipulation marketing. Qui plus est dangereuse.
La batterie de produits chimiques utilisés, mal dosés pourraient avoir des effets désastreux pour la santé. On veut bien le croire, mais des chefs cuisiniers aussi médiatisés peuvent-ils se
permettre d'être des empoisonneurs ? J'en doute.
J'ai eu l'occasion de rencontrer Hervé This lors d'un colloque sur l'agriculture, il ne m'est pas apparu comme un farfelu Dr Jekyll et Mr Hyde, pour mémoire je rappelle que ce physico-chimiste
français, est le créateur avec Nicholas Kurti de cette nouvelle discipline scientifique qui s'appelle "la gastronomie moléculaire". Discipline qui démontre ou démonte les mécanismes moléculaires
des ingrédients pour reconstruire des plats : la cuisine étant une science par nature, une science de la transformation.
Pour Jörg Zipprick, cette gastronomie serait au contraire contre nature dans une période où l'on cultive le goût du vrai, le retour des terroirs, la naturalité par le bio...
Ajoutant que les chefs promoteurs de cette cuisine ne seraient que des sous-marins au service de l'industrie chimique et agroalimentaire. Coup de grâce, le Top 50 des meilleurs restaurants du
monde publié par Restaurant Magazine se serait qu'un outil marketing. Là, on veut bien le croire : comment Ferran Adrian, chef du restaurant espagnol El Bulli, peut-il être le meilleur cuisinier
du monde depuis cinq ans ? Sa cuisine plus spectaculaire que goûteuse est en effet un show artificiel avec des effets en trompe-l'oeil, une cuisine distrayante de parc d'attractions.
Par Dominique Cuvillier
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Samedi 7 novembre 2009
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L'univers de la grande distribution est rarement apprécié par les gens qui voient dans ce canal de distribution, la consommation de masse dans ce qu'elle a de plus
triviale. Pour les distributeurs, le discours de marque est trop souvent réduit au prix, suggérant par là que nous ne sommes que des porte-monnaie sur pattes, de simples homo
pousse-caddicus...
Le groupe Casino link, qui rassemble une petite dizaine d'enseignes agrégées (Géant Casino, Casino Supermarchés, Franprix, Leader Price, Monoprix, Petit
Casino, Spar, Vival, Cdiscount), tente une autre approche en communiquant sur ce qui caractérise notre statut de consommateur : l'autonomie et la personnalité. Un petit personnage sympathique (qui
a un cousinage sans doute volontaire avec Monsieur Patate) appelé Monsieur Quelqu'un, rappelle que nous ne voulons plus être traités comme Monsieur Tout Le Monde, que nous réclamons des égards et
des prérogatives qui dépassent la quête d'étiquettes de prix tirés à la baisse.
Plus intéressant, la body copy de cette annonce fait glisser le concept de proximité très en vogue dans le commerce aujourd'hui, pour aller vers un commerce de précision, terme qui sous-tend le
positionnement du groupe : la personnalisation versus la massification ; un positionnement réaffirmé par la base-line : "Nourrir un monde de diversité". Une base-line qui pourrait tout-à-fait êtes
signée par une ONG, un parti politique, un cercle social...
Monsieur Quelqu'un incarne ce que nous sommes avec notre individualisme fort, notre caractérisation quelquefois bruyante et souvent contradictoire, notre volonté farouche d'exister. Mais cette
indépendance ne doit pas oublier notre dépendance avec les autres, car cette individuation appréciable à bien des égards, renforce un fait toujours inacceptable : le nombre d'autres exclus, le
nombre d'autres pour qui l'indépendance économique est encore et pour longtemps une vue de l'esprit.
(Images groupe Casino)
Par Dominique Cuvillier
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Dimanche 25 octobre 2009
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Les créateurs de mode apparaissent rarement dans
les pages économiques des journaux, sauf quand ils trébuchent. Comme c'est le cas de Yohji Yamamoto mis à mal par la crise avec un endettement conséquent, heureusement rattrapé avant la chute
par Integral Corporation, un fonds d'investissement japonais. Donc tout va bien.
En fait, cet incident interroge beaucoup plus loin que la seule problématique économique d'une industrie cyclique donc fragile, elle pose la question de son intérêt, de l'utilité sociale du
créateur-laborantin qui cherche à réinventer la geste vestimentaire en gravitant autour du corps, immuable support qui lui n'évolue pas, en apparence.
Hors du temps et visionnaire, Yohji Yamamoto, 71 ans, poursuit sa quête de déconstruction et de reconstruction des vêtements, il déroule et enroule des effets de matières et de volumes, il met à
plat les structures existantes pour dresser de nouvelles architectures. Les créateurs de cette trempe sont rares, la majorité d'entre eux étant des faiseurs-suiveurs, des décorateurs-ensembliers
qui multiplient les artifices en surface pour cacher une malingre créativité.
La stratégie puriste de Yohji Yamamoto suscite des réflexions sur le rôle de la mode aujourd'hui dans la vie des gens : il est important mais il n'est plus primordial.
La mode du Japonais est très intellectuelle, austère, intemporelle, imposante, élitiste ; peu d'individus ont envie d'afficher un manifeste vestimentaire, ils recherchent une accessibilité qui les
mettent en valeur, des vêtements qui renforcent leur pouvoir d'attraction, une mode qui révèle leur séduction dans une lecture facile et compréhensible : on s'habille pour soi dans le regard des
autres. Et aujourd'hui, l'enjeu de la séduction passe par une maîtrise physique, par un travail sur le corps qui prend le pas sur le vêtement.
La beauté du corps domine la mode : sport, cosmétiques, chirurgie esthétique, coiffure, tatouage... l'humanité post-moderne entend façonner son physique pour adopter les canons en vigueur, mais
aussi et surtout affirmer son identité dans une démonstration physique. Les hommes et les femmes du nouveau siècle veulent se montrer "à cru", dans une forme de nudité intégrale, de strip-tease
assumé.
Le corps s'expose, le corps s'exhibe, le vêtement n'est alors plus qu'accessoire.
(Photos : D.R.)
Par Dominique Cuvillier
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