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KL aux mains d'argent

Il était de l’autre siècle. 

Il a toujours été de son temps. 

Pendant des décennies, il a arpenté les travées de la mode sans se laisser entraver par un égotisme malséant, comme tant de ses confrères bouffis d’orgueil et de vanités tendancieuses. 

Ni trop tôt, ni trop tard, il était juste, jamais dans l’avant-garde inatteignable, mais toujours à l’avant-scène d’un air du temps qu’il savait respirer et souffler sur le petit monde de la mode et au-delà, ceux de l’art, de la culture, de la publicité, du marketing. 

Il était moderne depuis toujours.  

Il avait le sens des images léchés et des bons mots jetés au vent (tem)pétueux du foutoir médiatique. 

« Il n’existe que trois êtres respectables : le prêtre, le guerrier, le poète. Savoir, tuer et créer », a écrit Charles Baudelaire. (Une sentence qu’il aurait pu dire)... 

Il était tout cela à la fois. 

Il était un sachant cultivé au verbe ciselé et un apprenant perpétuel, la tête dans les livres et les archives, le gardien du style des Maisons qu’il personnifiait. 

Il était un mercenaire professionnel assumé, un libre faiseur irrévérencieux qui aimait amuser/s’amuser pour épater la galerie et se moquer sous cape de sa marionnette confectionnée par lui, mi Guignol, mi Muppet Show. 

Il faisait et n’aimait rien d’autre que faire. Il était un boulimique de la vie, un enragé du travail, sans jamais se sacrifier, ni s’engager dans des croisades doctrinaires de longueur de manches ou de pantalons à trois jambes. 

Il était cosmopolite, mondial, hors sol et sans conteste l’incarnation de cette Europe du luxe multiculturel dont la sphère d’influence est notre soft power à défendre bec et ongles. Il en était l’ambassadeur. 

Il était disponible, toujours en réserve de la mode hystérique et du monde furieux. Jamais en mal de surprendre ses (très) nombreux fans qui attendaient ses coups de maître tailleur qui cisaille le conservatisme délétère pour leur faire endosser les habits de l’époque et les attirer dans la toile de son talent marketing. 

Il n’a pas tout réussi, mais il savait rebondir, profitant de sa légende construite avec un soin méticuleux. Très secret, caché derrière l’ombre de son propre profil, il était énigmatique et public à la fois : l’avers et le revers d’une médaille qu’il avait su graver pour l’éternité. 

Il était Karl. 

Tu vas nous manquer. 

Tag(s) : #Ainsi va le monde

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