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La mode est belle, la mode est sale…

« Tout tourne autour de l’accélération de la production et de la croissance progressive de notre population », a déclaré Edwina Ehrman, conservatrice et commissaire de l’exposition Fashioned From Nature qu’elle a inaugurée au Victoria and Albert Museum de Londres. Cette exposition retrace pas moins de quatre siècles d’histoire de la mode d’un point de vue éthique, environnemental et sociétal. Avec un constat sans appel : la mode se moque comme d’une guigne du développement durable et autre écoresponsabilité. Les quelques collections alibi qui émergent ici et là ou les convictions de certaines créateurs ne changent rien à une industrie qui est « la plus polluante au monde derrière l’industrie du pétrole », selon un rapport de la fondation Ellen McArthur (A new textiles economy : redesigning fashion’s future, publié en 2017).

 

De la production de matières à la commercialisation des vêtements et accessoires, l’industrie de la mode, dominée par la fast fashion, tourne en roue libre et détruit beaucoup sur son passage. Poussé par un paramètre dévastateur : plus la consommation de mode augmente, plus sa valeur d’usage se banalise au point que chaque année nous jetterions environ 40 milliards de pièces vestimentaires qui pourraient encore être portés, c’est à dire la moitié de la production annuelle ! « Depuis le XXe siècle, les vêtements sont de plus en plus considérés comme jetables, et l'industrie est devenue fortement globalisée, avec des vêtements souvent imaginés dans un pays, fabriqués dans un autre, et vendus partout à travers le monde à une vitesse incroyable », expliquent en préambule les auteurs du rapport de la fondation Ellen MacArthur. Un chiffre qui devrait réveiller nos consciences d’autant que seulement 12% de ces « déchets portables » sont recyclés… Passer d’une industrie textile linéaire à une industrie textile circulaire est une évidence à l’aune d’une société animée par l’écologie, encore faut-il trouver (et imposer) des solutions à l’échelle de la planète, tant cette industrie est éclatée.

 

Il ne faut pas considérer tous les acteurs de cette filière comme des inconscients, des cyniques ou des ignorants, mais mobiliser les quelques 80 millions de personnes qui travaillent dans la mode n’est pas aisé. D’autant que l’obsolescence programmée est la nature même de la mode qui démode l’existant pour promouvoir de nouvelles tendances liées aux saisons et surtout aux démonstrations tendancieuses des experts de l’anticipation (dont je fais partie). Stella McCartney, végétarienne et créatrice écoresponsable qui est un peu la Mère Teresa de l’industrie textile, n’échappe pas au phénomène des tendances. Bien qu’elle soit une « sustainable luxury fashion brand », la griffe anglaise produit des nouvelles collections à un rythme saisonnier pour satisfaire le désir d’achat et de séduction de ses clients. Même si ces nouveautés sont « sustainables », elles n’en demeurent pas nativement obsolètes voire même inutiles et artificielles : pourquoi acheter une nouvelle robe ou un nouveau sac à main chaque saison ?... Si Stella McCartney était logique, elle se consacrerait à la confection de robes de bure unisexes, indémodables, impersonnelles…

 

Je ne lui jette pas la pierre ponce, le propre de la mode demeure un enjeu de désir et de séduction qui invite/oblige à contenter notre appétence à consommer du neuf et du nouveau pour se mettre en valeur, pour « être à la mode ». Alors, à quand une mode propre ? Sans être défaitiste ou pessimiste, ce n’est pas demain la veille. Observons ce qui se passe dans l’automobile à essence, objet de passion hier et d’aversion aujourd’hui à cause de la pollution, la solution de l’électrique dont se gargarise tout le monde, est un leurre. Les batteries utilisent des matériaux rares, de plus en plus rares, difficilement recyclables, la production d’électricité génère de la pollution (sauf le nucléaire, mais les écolos n’en veulent pas) et un véhicule électrique est aussi complexe à recycler qu’un véhicule à essence. Conséquence, « une voiture électrique qui roulera 200.000 kilomètres aura émis 50 grammes de CO2 au kilomètre... avant même d’avoir roulé le premier mètre ! », constate lucide Jean-Marc Jancovici, ingénieur consultant en énergie/climat qui est, entre autres, Membre de l’Independent Expert Panel de la fondation Ellen MacArthur.

 

Une mode « propre » est souhaitable, mais elle n’est pas pour demain, à l’image de notre société de consommation qui n’existe que dans la consumation vitale d’un point de vue économique, rappelez-vous ce vieux slogan toujours d’actualité : « nos emplettes sont nos emplois ».

 

 

Image : V&A Museum

 

Tag(s) : #Tendances

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