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L'origine du cas !

Philippe Katerine, en tournée hexagonale, s’est produit à l’Olympia à Paris le jeudi 11 mai. Ce n’était ni un concert ni un one man show, ce fut et l’un et l’autre, tout comme il est, homme et femme. J’ai vu et adoré, Gilles Champfailly, avec qui je partage l’essentiel et bien plus, aussi, il apporte un éclairage affuté sur ce personnage étonnant, un poète égaré (pas tant que ça en réalité…) dans un monde bien trop terre à terre.

Qui est cet être humain-là ? Comment s’appelle-t-il ? (Ce spectacle tente quelques clarifications pour qui s’interroge encore)

- Philippe ?

Non, ce n’est pas son nom, d’ailleurs un autiste ne le croit pas. Après sa mort, c’est assuré il s’appellera Philippe mais pas avant.

- Katerine alors ?

Oui, ce n’est pas difficile c’est écrit sur le billet d’entrée.

- La reine d’Angleterre ?

La chanson l’affirme et le serine. Et puis, elle aussi, elle assure.

- Elie Kakou ?

Certainement, d’ailleurs, ne serait-ce pas l’origine du K, de Katerine !

En tout cas, il porte un prénom, c’est un humain, c’est certain.

- Est-ce un homme ?

Il est elle et elle est il… L’ambiguïté est assumée. C’est un oedipe, avec un père absent. Mais, ça n’est pas plus important que ça ! A moins que… cela n’ouvre la question fondamentale sur l’origine du sexe des anges, ceux-là seuls qui savent et peuvent aimer vraiment !

- Est-il fou ?

Qui est fou ? L’autre, l’étrange, l’être pur, l’ange ou l’homme au masculin et la femme au féminin ? Dans son imperméable aux déterminismes, le bouffon dérange à ne pas jouer son sexe. On le regarde sur scène, comme on se regarde dans le miroir. En face, on voit : un homme et une femme, une pianiste et un créateur. Katerine vexe l’humanité, il semble dire : sait aimer qui se décolle, reste fou celui qui encore colle. Le fou est celui qui ne sait pas qu’il joue à son sexe. Le fou ne peut être que mort, le fou est dans le grand pays blanc. Le fou n’accède pas à l’amour. Le fou est un mort-vivant. Le fou n’est pas la reine d’Angleterre. Le fou erre, l’amour crée.

- Et donc ?

Il doit être un élément cosmique venu du futur pour annoncer une nouvelle ère. Une humanité qui ne tient qu’à un son, celui qui sépare la mort de l’amour. C’est peut-être le son du père !

- Et en reposant les pieds sur terre, qu’en est-il du concert ?

Au commencement de la représentation, les spectateurs se méprennent, ils scandent « Philippe, président ! Philippe, président ! ». Il est adoré, mais pas bien compris encore. On trouve quelques dindes dans le publique pour rire quand il n’y a pas lieu et de nous gâcher les parts belles de poésie, de romantisme, de lumières, de musiques (l’orchestre est présent pour uniquement 3 ou 4 chansons et la pianiste virtuose qui le soutien magnifiquement), des costumes (notamment un magnifique poncho digne du père de peau d’âne)…

C’est un spectacle sans précipitation et non un concert que K donne. La générosité circule sans entrave entre les acteurs et le public. C’est un tableau de maitre animé, pensé dans une entité unifiée.

L’ensemble est structuré comme une vie.

La gestation serait la première partie : courte, on ne sait pas ce qui va advenir mais il y a déjà là, la certitude de la mort. Elle est assurée par Philippe Blanchard, assis sur une petite chaise. Il lit un texte à propos de la mort /l’amour, et des dessins projetés rythment ses phrases et annoncent un big-bang, la naissance de quelque chose.

Puis, c’est l’entracte, les bobos vont boire du vin et de la bière, l’éclosion reste une chose privée, non étalée aux yeux des autres.

Le spectacle commence, c’est la vie (l’amour selon Katerine). On y trouve et retrouve, pêle-mêle, la chanson sur la nécessité de se promener le long de la Seine, la chanson du « père parti », la chanson des moments parfaits, la chanson des bisous et les autres chansons. On est alors convié à partager ses sentiments en hurlant avec elle/lui ou en s’embrassant, on est unis à K.

Enfin, c’est la mort, lente, annoncée par deux étoiles projetées sur le rideau noir avant d’atteindre le grand pays blanc, qui clôt le show. Il monte sur scène, habillé de blanc, il parle comme un humain d’aujourd’hui, simplement avec un ton neutre et gris, il est mort, c’est à nouveau Philippe Blanchard. Il chante un poème d’Apollinaire mis en musique par Poulenc.

Il n’y a pas de rappel !

Ce spectacle n’est qu’une invitation à la poésie, à la poésie renouvelée, celle de notre temps, celle qui réunit les mots à la lumière. C’est de la poésie, qui sauve et qui nous plonge dans l’ADN du monde. Certains s’y sont cassés les dents, lui, a réussi.

G.C. 

Image : © Katerine 

 

 

Tag(s) : #Evénement

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