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De l'action à l'actionnaire

Dans notre société globale corrompue par des problèmes d’apparence insolubles, le radicalisme a le vent en poupe. Certains groupes, communautés, associations agacés (le mot est faible) par la passivité de politicrates embourbés dans leurs incompétences et par la morgue d’entreprises peu contrariées par la réalité, n’hésitent pas à forcer les barrages du conservatisme.

Il en est ainsi de quelques groupes écologistes qui cherchent à utiliser tous les moyens pour faire entendre leur voix et faire plier des systèmes. Souvent gauchis à l’extrême, ces groupuscules mènent des opérations « coup de poing » pour attirer les médias et réveiller les consciences. Opérations commandos que subissent régulièrement les multinationales de l’énergie, les grands laboratoires, le secteur de la chimie, les groupes agroalimentaires…, et même les publicitaires accusés de faciliter et promouvoir le green washing.

Les marques de luxe, lovées dans le standing ouaté de leurs marges confortables générées par des consommateurs fascinés par les logos et par des bataillons toujours plus nombreux de millionnaires, n’étaient guère la cible de ces commandos. La violence économique qui touche des millions de gens appauvris par les crises que survolent des populations fortunées sans en ressentir le moindre souffle, pose débat chez certaines ONG. Quand d’autres se préoccupent davantage de la dimension éthique (écologie, salaires, responsabilité sociale...) de ces entreprises qui vantent l’exemplarité de leurs productions sans être forcément exemplaires.

L’association de défense des animaux Peta USA, réputée pour ses opérations musclées et constantes, a récemment choisi un mode d’intervention plus adapté au monde policé du luxe. Elle a ainsi décidé de devenir actionnaire de la Maison Prada pour participer de fait aux assemblées générales et réclamer l’arrêt l’utilisation de cuir d’autruche. Dans un communiqué, l’ONG a dénoncé le traitement fait aux volatiles tuées par électrochoc puis égorgées, et entend donc « porter la lutte contre la cruauté faites aux animaux dans les salles de réunion de Prada, où elle pourra demander à l'entreprise d'éliminer définitivement les sacs en cuir d'autruche, » Pour le moment semble-t-il, les dirigeants de marque italienne sont restés silencieux, un mutisme qui ne pourra durer sauf à risquer à passer pour méprisants envers des activistes à l’aura médiatique évidente.

Les marques de luxe hésitent encore trop souvent à affronter les débats sociétaux qu’elles n’ignorent pourtant pas : nombre d’entre elles ont engagé des politiques environnementales et sociales, sans le faire savoir suffisamment fort. La transparence et l’exemplarité n’ont de sens que si elles sont la démonstration d’un engagement su et perceptible. Craignant sans doute une dissonance avec leur communication cosmétique, les entreprises du luxe rechignent à développer une communication politique. Une erreur stratégique dans un monde où celui qui aboie a toujours plus de chance de ne pas être mordu par les chiens médiatiques…

Images : D.R.

Tag(s) : #Stratégies

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