Lundi 16 janvier 2012 1 16 /01 /Jan /2012 08:02

Dans Les Echos de ce week-end, Judith Benhamou-Huet s’interrogeait sur « l’énigme Damien Hirst ». En effet, l’artiste anglais expose dans les 11 ( !) galeries de Larry Gagosian à travers le monde en attendant une rétrospective en avril prochain à la Tate Modern à Londres.

L’énigme Hirst réside dans la posture de cet artiste qui propage les coups d’éclats conceptuels et médiatiques, sa propension à faire beaucoup d’argent avec ses œuvres. Des œuvres multiples, pour ne pas dire industriels, comme le faisait en son temps un Andy Warhol, pape du Pop Art avec ses portraits sérigraphiés ou ses conserves Campbell’s Soup.

Le-captologue-Dot-Paintings-D.-Hirst.jpgDans le cas Hirts, cette exposition planétaire chez le galeriste multinational Gagosian met en avant les toiles peintes de pois de couleurs ou « dot paintings » produites entre 1986 et 2011, vendues entre 400 000 et 1,5 million de dollars selon le format, pas moins de 300 peintures dont seulement 5 auraient été réalisées par le "maître", les autres par ses assistants ! Des toiles assez peu palpitantes pour tout dire et faciles à faire, Judith Benhamou-Huet rappelle qu’à l’origine  « l'artiste parlait d'une référence à l'omniprésence des médicaments dans la société. » Un concept oublié, car Hirts évoque aujourd’hui son seul attrait pour la couleur : « Je me sers de la couleur en tant que telle. Et c'est de là que sont venus les "spot paintings" pour créer cette couleur et utiliser ces couleurs et ne rien produire ». Des petits pois, rien que des petits pois, un peu court…

Alors d’où vient le succès de l’énigmatique Damien Hirst ? Les milliardaires d’hier accrochaient à leurs cimaises des Van Gogh, des Picasso ou des Andy Warhol et quelques autres ; les milliardaires d’aujourd’hui, beaucoup plus nombreux, achètent des Damien Hirst et quelques autres, parce qu’il est difficile de trouver des Van Gogh ou des Andy Warhol sur le marché de l’art. Et ça, Hirst l’a bien compris. Il a saisit aussi la manière dont ces nouveaux riches (et je ne parle pas des collectionneurs passionnés) achètent de l’art « signé » comme ils acquièrent une Ferrari, une robe Dior, une Rolex en diamants, un appartement à Dubaï… Damien Hirst est une marque de luxe qui produit du statut griffé, mais est-ce pour autant un artiste ? Oui, du point de vue du marché de l’art qui est guidé par la cote des artistes, car l’art n’existe pas sans argent… Damien Hirst assume pleinement son productivisme, mais avec "seulement" 4 800 pièces réalisées à ce jour, il est encore loin d'un Andy Warhol qui en a aligné plus de 10 000 ou même d'un Picasso qui a produit près de 40 000 oeuvres... 

 

Photo : © Damien Hirst.

Par Le captologue - Publié dans : People
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 08:48

Grâce à un buzz habilement mené, la presse française a relayé dans l’ampleur l’arrivée tonitruante de l’opérateur Free sur le marché du mobile. La surprise n’a pas vraiment abasourdi tant tout le monde s’attendait à des « propositions fracassantes » : une offre en illimitée et sans engagement à 19,90 € par mois et même une offre à 2 euros réservé aux détenteurs de la Freebox qui permet de téléphoner 1 heure et d’envoyer 60 SMS.

La messe est-elle dite pour les autres opérateurs qui devront peu ou prou s’aligner sur ce nouvel étalon-or ? Pas si sûr.

Xavier Niel, le patron de Free se compare au regretté Steve Jobs, l’incarnation d’Apple, il en imite les grand-messes journalistiques, la dégaine, l’arrogance et l’esprit « révolutionnaire ». Or, il ne lui arrive pas à la cheville !

Xavier Niel n’a pas l’élégance de Steve Jobs, encore moins le génie créatif, ni l’esprit intuitif à comprendre le monde dans lequel il vit pour anticiper de nouveaux services, de nouvelles postures, de nouveaux produits. Xavier Niel n’a que la trivialité du vil commerçant prêt à toutes les bassesses pour attirer des clients dans son bouclar. Mélange de Ténardier et de Michel-Edouard Leclerc, Xavier Niel joue sur la corde sensible et démago du pouvoir d’achat, il se prend pour Robin des Bois (sic !) pour vendre des offres ultra low cost entrainant le marché vers le bas et avec lui de la destruction de valeur. Et c’est là où sa pâle imitation de Steve Jobs est une imposture : l’ex-patron d’Apple était un formidable créateur de valeur qui a tiré le marché high-teh vers le haut avec des standards vraiment révolutionnaires suivis par tous ses concurrents et surtout en ne cassant pas les prix, bien au contraire, Apple a l’aura d’une marque de luxe, pendant que Free a l’attractivité d’un hard discounter.

Si de toute évidence, Xavier Niel va obliger les autres opérateurs à s’aligner, si de toute évidence Free va gagner en moins d’un an un million de clients, ce que les Français vont découvrir c’est que Free est aussi un destructeur d’emplois potentiels. En effet, il peut se permettre de brader ses offres parce que sa structure de coûts fixes est réduite par un nombre de salariés limités : 5 000 pour son groupe Illiad contre 100 000 chez Orange, 10 000 chez SFR et 9 000 chez Bouygues Telecom… Les concurrents de Free vont-ils être forcés de réduire leurs voilures pour s’ajuster à la perte de clients et aux rabais qu’elles devront s’imposer ? Quand on casse les prix, il faut s’attendre à de la casse sociale…

Comme d’habitude, les consommateurs qui sont aussi des salariés et des citoyens ne voient pas plus loin que le bout de leur portemonnaie, et ils descendront dans la rue pour réclamer la protection de leurs acquis sociaux et des emplois perdus dans les limbes du low cost. Le beurre, l’argent du beurre, mais sans la crémière qui se retrouve au chômage… 

Par Le captologue - Publié dans : Tendances
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 11 janvier 2012 3 11 /01 /Jan /2012 08:41

Alors que la Star’Ac présidentielle se vautre dans les mêmes ressorts dramatiques autour d’une franchouillardise réchauffée jusqu’à l’écœurement, le box office hexagonal se glorifie du succès d’Intouchables. En effet, ce film affiche plus de 17,4 millions d’entrées, c’est-à-dire qu’il détrône La Grande Vadrouille avec ses 17,2 millions de spectateurs, mais sans encore dépasser Les Cht’is qui ont vendu 20,6 millions de tickets.

Ce qui caractérise ces champions français cinématographiques, ce sont les ingrédients d’une même recette : une comédie familiale et doucereuse, des acteurs sympathiques et consensuels, un scénario très binaire qui met en scène des gentils contre des méchants, des pauvres contre des riches, des faibles contre des forts, des provinciaux contre des Parisiens… A cela s’ajoute un fil rouge bien gaulois : un ton moqueur qui massacre les « ennemis » supposés, mais pas trop pour demeurer politiquement correct aux oreilles des enfants.

Les exégètes se gargarisent du succès unanimiste des Intouchables en expliquant qu’il s’agit d’un film antilibéral (sic !) et moral (re-sic !) qui parle de solidarité, de vivre ensemble, de chaleur humaine à la clochemerle loin de la froideur cynique des méchants capitalistes. Il est en quelque sorte le film référent de la démondialisation à la Montebourg et exprime les attentes bisounours de Français qui refusent de voir le monde qui change. Il soutient en filigrane le discours binaire entonné par le parti national-nationaliste qui recueille près de 20% d’intentions de vote… Des plates-bandes semées d’orties et foulées par les autres candidats qui se raccrochent étrangement aux sirènes démagogiques de la Le Pen. Ainsi, Michel Sapin, responsable du programme de François Moll’ande, entend relancer la lutte des classes pour gagner le cœur du peuple : « Aujourd’hui, un enfant de riche apporte une baisse d’impôt beaucoup plus importante d’un enfant de pauvre », a-il déclaré. Binaire, vous avez dit binaire ? 

Par Le captologue - Publié dans : Idées
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 9 janvier 2012 1 09 /01 /Jan /2012 08:48

Avec sa plastique enviable, David Beckham, le beau gosse du football, sait parfaitement vendre ses atouts physiques, il est un support publicitaire apprécié des marques qui ont les moyens de se payer son profil sculptural et ses abdominaux.

Les médias hexagonaux ont vibré quelques semaines après le buzz de son éventuel engagement au PSG dont il ne portera pas finalement les couleurs : les aficionados du joueur pourront se consoler en portant ses culottes.

En effet, le géant suédois de la mode H&M a signé avec la star, commandeur de l’Ordre de l’Empire britannique, une ligne de sous-vêtements qui sera en vente à partir du 9 février dans les 1 800 magasins de l’enseigne.

Honnêtement, cette ligne est d’un piètre intérêt, H&M et ses collaborations créatives nous avait habitué à mieux. Là, on découvre neuf modèles blancs, gris ou noirs d’une affligeante platitude stylistique dont se gargarise le sieur Beckham : « Ensemble, avec mon équipe design, nous avons consacré beaucoup de temps au choix des textures, des coupes et du style, pour que ces pièces soient non seulement des choses que j’aimerais porter mais aussi auxquelles je serais fier de donner ma signature, a-t-il déclaré à la presse. Je suis vraiment satisfait du résultat final et j’espère que la clientèle masculine de H&M sera aussi enthousiaste que moi ».

Bof… Tout ça transpire le pilotage marketing sans effort et la bienséance publicitaire, mais le footballeur qui sait taper dans une balle n’est pas forcement doué pour la création vestimentaire, il aurait pu demander à son épouse épicée qui se targue d’être styliste, nous aurions évité ce pâle tir au but. Peut-être…

LE-CAPTOLOGUE-hetmbeckhamenslip21.jpg

Photo © H&M

Par Le captologue - Publié dans : People
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 6 janvier 2012 5 06 /01 /Jan /2012 08:23

Le terme paraît barbare, en réalité c’est la pratique qui l’est. Un taxomaniaque (à ne pas confondre avec un taxidermiste, empailleur patenté) est un homme ou une femme politique français dont la fonction est de trouver de nouvelles taxes saupoudrées de niches et d’exemptions pour satisfaire les corporatismes qui enrayent la démocratie et entretiennent leur conservatisme mortifère.

Avec des finances exsangues et un Etat incapable de se réformer, nos dirigeants cherchent par tous les moyens des sous à piquer aux contribuables déjà largement essorés par un système qui fuit par tous les bouts.

Avant les très électoralistes et illusoires taxes sur les transactions financières et sociales censés enrayer les délocalisations, le ministère de l’économie a décidé de relevé la TVA de 5,5% à 7%. Soit, mais attention, un document de 30 pages détaille l’imbroglio de cette hausse.

Les Echos du 4 janvier nous rapporte par exemple la savoureuse subtilité de cette taxe sur les produits alimentaires dans le cas des « ventes à consommation immédiate » : ainsi, les esquimaux, la glace en pots individuels et les glaces italiennes (sic !) subissent la hausse, pas les glaces en cornets ??? Les boissons servis dans des gobelets, des verres ou des tasses en plastique ou en carton prennent la hausse, pas les canettes ni les bouteilles (ne sont-ce pas aussi des contenants ?). A l'inverse, pour ce qui concernent, les frites, les sushis, les pizzas et les quiches, leur taux demeurera à 5,5% s’ils sont emballés, mais la présence de vinaigrette et de couverts impose une TVA à 7% aux salades et aux sandwichs. Par contre un yaourt avec ou sans cuillère, n’est pas frappé de la hausse… Les viennoiseries, les pâtisseries, les fruits et… les chips ! qu’ils soient ou non immédiatement consommés après leur achat sont aussi exemptés…

On imagine le vaste bordel de gestion pour les commerçants et les contestations possibles de la part des consommateurs qui n’hésiteront pas à chipoter, à venir avec leurs propres couverts, verre et vinaigrette pour payer 5,5 et non 7% de taxes…

Voilà la grandiose exception française et le génie imbécile des technocrates de la finance étatique. 

On ne résoudra pas la médiocrité politique par des taxes, mais par la volonté de réduire drastiquement l’interventionnisme d’un système ubuesque, en cessant de créer un climat d’instabilité fiscale désastreux pour l’économie et pour l’emploi. Hélas, avec les piètres candidats qui défilent à la Star’Ac présidentielle, la France va poursuivre sa lente et régulière descente dans les bas-fonds de la régression économique rehaussée par des taxes et des taxes et des taxes, encore des taxes et des taxes et des taxes… 

Par Le captologue - Publié dans : Idées
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Recherche

Kesako ?

JumellesPour écrire les nouvelles histoires du monde, il faut aller à l'intuition, laisser filer la pensée, il faut aussi savoir capter les mouvements d'une humanité agitée, éclatée. Rien de telle qu'une immersion permanente dans un bouillon de cultures. Culture économique, culture sociale, culture politique, culture artistique, culture marchande... : le regard doit être partout pour attraper d'un coup d'oeil le fugace, l'indicible.
Le captologue est un voyeur du moment présent qui ne ferme les yeux que pour imaginer de quoi demain sera fait.
Contact : link   

A paraître...

Couv.Capter les tendances


Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés